Inter[-]faces

Vidéo

Dans le cadre du colloque EURAU 12, un article et une vidéo ont été réalisé dans le cadre de travaux de recherche pluridisciplinaire sur le quartier Gare du Flon – Interfaces à Lausanne :

Retrouvez l’intégralité de l’article et des vidéos sur le blog http://interflon.blogspot.fr (réalisé par mes soins ;))

Usage de la vidéo comme outil d’analyse de site et de compréhension des phénomènes urbains contemporains dans l’espace public : cas d’étude appliqué au site de la Interface-Gare du Flon réalisé par Bernard Tschumi

Dominique Bouillier évoque l’émergence d’une « troisième ville », qu’il appelle « la ville silicium » ou « la ville de la connaissance », marquée par la multiplicité des échanges et des circulations non plus seulement physiques mais aussi numériques. Peut-on penser de nouveaux outils et de nouvelles méthodes pour développer une analyse urbaine de cette « troisième ville » ?

Afin d’analyser quels sont les enjeux de la ville contemporaine et de son espace public, la méthode utilisée consiste à coupler une démarche expérimentale à un usage de l’outil audiovisuel.

La démarche expérimentale se construit autour de la chorégraphie d’Eric Alfieri. Par son utilisation du corps et du mouvement dans l’espace, le chorégraphe ouvre une « zone d’autonomie temporaire » comme la nomme Hakim Bey, soit une dérivation de l’usage de l’espace.

La deuxième phase de la démarche s’articule autour de l’outil audiovisuel, outil d’analyse et de transmission d’informations. Deux méthodes guident la caméra pour l’analyse : la première se base sur la technique de l’interview in situ, et la deuxième repose sur l’utilisation du plan fixe et du plan large comme méthode d’observation.

Le fait de laisser place à un « incident chorégraphique » permet d’effectuer une « reconnexion » avec l’espace public : par la chorégraphie et par la vidéo, il est possible d’ouvrir un temps de recul de la perception de l’usager. Il choisit alors de se saisir de ce temps ou de passer son chemin. Cette méthode combinant une démarche artistique, practico-sensible et sociologique a permis de recueillir neuf interviews sur le passé du site, sur ses qualités et ses défauts, et d’ouvrir l’imaginaire sur des améliorations.

D’autre part, autour de la réalisation de la chorégraphie, plusieurs angles de vue en plan fixe et en plan large ont été réalisés. Le choix des plans s’explique par la volonté de retranscrire la chorégraphie dans son contexte. D’autre part, autour du danseur, la multiplicité des points de vue permet une « balade » cinétique avec comme fil conducteur le corps du danseur dans l’espace.

Enfin, le montage du film permet de croiser interviews et plans du site et ainsi d’amener le spectateur dans les lieux évoqués, et ainsi de faire entrer en résonnance la parole des usagers, la chorégraphie et l’architecture du lieu.

Le montage son permet une analyse précise de la parole autour de trois temps : passé, présent, futur. A propos de la dimension « passé », les discours convergent sur le fait que l’espace « d’avant » était un espace peu attractif (gare de triage, stockage de marchandise). Cependant les discours sont distincts quant à la nature exacte du lieu avant sa transformation (parking, entrepôts, voies ferrées…). Sur la dimension « présent », les usagers s’accordent sur la nature fonctionnelle du lieu et la proximité de nombreux commerces. Le site apparaît comme un espace représentatif de cette ville numérique car les interconnexions sont multiples, et ce à différentes échelles. Enfin, les usagers ne voient pas immédiatement d’améliorations quant au devenir du site même si la question du végétal dans la ville revient principalement. Un usager fait remarquer l’existence de la rivière du Flon qui traverse le site. Les projets de la ville (réduction de la place de la voiture et tramway) sont cités.

En comparant les résultats des interviews avec le projet initial de Bernard Tschumi (Event cities 1, pp155-217), des similitudes apparaissent avec la perception des usagers quant à la place de la nature. .

Nous pouvons conclure que la vidéo et la démarche expérimentale dans l’espace public apportent des éléments de réponse quant à l’analyse de cette complexité urbaine. Puisqu’elle révèle la parole de l’usager qui donne une épaisseur distincte au site. Les plans laissent entrevoir un espace dédié au flux où même la performance artistique semble s’effacer dans le mouvement du lieu. L’espace apparait comme marqué par des lignes de flux que l’architecture dessine de façon implicite.

Territoire marqué par son fonctionnalisme et la vitesse, le quartier Interface-Gare du Flon a donc pu révéler sa complexité au cours des différentes expérimentations.
Si les aspects de mobilités sont bien présents et représentatifs de cette ville « silicium », des aspects sociaux et environnementaux paraissent avoir été écartés, peut-être au profit d’intérêts économiques et commerciaux. Ceci amène à s’interroger sur les différents leviers et enjeux liés à la fabrication d’espaces tels que Interface-Gare du Flon.